Boris Hagelin (1892-1983) est un industriel suédois qui, à la demande de la famille Nobel, va assurer à partir de 1925 la direction d'Aktiebolaget Cryptograph, une société spécialisée dans le développement et la construction de machines à chiffrer.
Le travail de Hagelin consistera dans un premier temps à promouvoir les produits développés par un ingénieur suédois aussi talentueux que fantasque ; Arvid G. Damm.
Des premiers travaux de Damm puis de la collaboration de ce dernier avec Hagelin naîtront les premières séries de machines à chiffrer, les séries A et B, dont les modèles phares sont les B-21 et B-211.
Avant la B-211, la société est dans une telle santé financière que Boris Hagelin ne peut même pas se verser de salaire. La famille Nobel, premier investisseur de A.B. Cryptograph, ne mise plus un centime sur l'entreprise après la mort d'Emmanuel Nobel, et se désengage de la société.
Boris Hagelin arrive néanmoins à voyager et attirer l'attention de quelques acheteurs, en premier lieu l'armée suédoise qui cherchait alors à s'équiper de machines Enigma, et qui passe commande de la B-21 en 1926.
En 1927, Damm décède et en 1932 Hagelin achète la société, en mauvaise situation financière, mais dont le carnet de commandes est assez bien rempli grâce à la B-21. Il la rebaptise Aktiebolaget Cryptoteknik.
Viendra alors l'évènement que Boris Hagelin évoque comme le "succès décisif". Les Français sont conquis par la B-21, mais ils en demandent quelques évolutions. La B-211 voit le jour, et sera construite par Ericsson à Colombes près de Paris.
Avec cette commande, Hagelin et sa société peuvent enfin respirer.
L'armée française, séduite par le matériel cryptographique d'Hagelin, demande au suédois de plancher sur un projet de machine à chiffrer pouvant imprimer et se transporter facilement.
A partir d'un mécanisme de machine à faire la monnaie qu'il avait développée quelques années auparavant, il conçoit la C-35 (en 1935 donc, car Hagelin a pris l'habitude de désigner ses modèles selon leur année de conception). A noter que le calibre de la machine a été défini à partir d'un morceau de bois pouvant se glisser dans la poche d'une veste de soldat, soit à peu près 80x140x200mm, la taille d'un dictionnaire. L'appareil pèse près de 3 kg.
Le mécanisme et le principe de fonctionnement de la C-35 sera une référence pour les machines mécaniques de la série C qui sortiront par la suite du bureau d'études d'Aktiebolaget Cryptoteknik.
Des évolutions nécessaires seront en effet apportées à la C-35 pour la rendre moins perméable à la cryptanalyse (avec les modéles C-36, et C-38 notamment), assurer un succès international à la série C et éventuellement la richesse de monsieur Hagelin.
Ce dernier s'envole en 1940 aux Etats-Unis pour proposer ses machines à chiffrer à un pays qui ne possédait pas alors de tels moyens cryptographiques, et qui avait refusé la version de la machine proposée par Hagelin en 1937.
Les Américains achètent alors les droits de fabrication d'une C-36 améliorée, qu'ils nomment M-209. Plus de 140 000 unités de la M-209 seront produites aux États-Unis pendant la guerre.
D'autres modèles comme la C-443 ou encore la C-446 verront ensuite le jour.
Une photo du 14, Luntmakaragatan Street à Stockholm, adresse de
l'usine Hagelin dans les années 30 (selon David Kahn, "The Codebreakers").
En 1952, Hagelin transfère toute son activité à Zug en Suisse, où il avait créé une société, Crypto AG, pour s'éloigner de la Suède dont le gouvernement cherchait à s'approprier les moyens de chiffrements développés sur son sol.
L'activité prospère et fait de lui un homme riche. Si Boris Hagelin n'était pas le seul industriel à développer des machines à chiffrer, il aura su les vendre à un tournant de l'histoire où la demande de tels moyens explosait.
Le dernier modèle de la série C sera certainement la
CX-52, car les machines de poche CD-55 et CD-57, qui connaîtront
un franc succès du côté de la Gendarmerie
Française, sont basées sur un autre mécanisme.
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Bibliographie: